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Le 16/04/2020 Actualités courantes

 

La route ardéchoise, bulletin du service des Ponts-et-Chaussées et du service vicinal de l’Ardèche est un bulletin interne dont le premier numéro paraît en avril 1947. Chaque agent est invité à alimenter cet organe d’information afin de créer un lien entre les membres de la grande famille des Ponts-et-Chaussées.

 

 Pont du Belay et route de Vernoux, Silhac, 1954. Collection Dürrenmatt, 79 Fi 2441.

 

D’abord mensuel, le bulletin devient bi-mensuel en novembre 1947. Les premiers numéros, imprimés en livrets par l’imprimerie Jean Bétinas d’Annonay avec une page de couverture sobre, imitent les publications officielles. A partir de janvier 1948, ses dimensions changent : la page de couverture prend de la couleur et s’orne d’un dessin représentant la silhouette du département de l’Ardèche avec en son centre un pont en arc brisé enjambant un étroit cours d’eau. Les textes ne sont plus imprimés mais ronéotypés et les feuillets sont agrafés en deux points dans la marge gauche. L’absence de mention d’un imprimeur laisse supposer que le bulletin est désormais fabriqué en interne par le service.

Après l’éditorial de l’ingénieur en chef, se succèdent une partie technique, qui expose les innovations technologiques directement liées aux métiers des routes, puis une partie administrative, qui relaie les nouveaux textes en vigueur, les informations sur le personnel ou l’organisation du travail. Chaque numéro se clôture par des informations de portée générale ou sur la vie du service : naissances, mariages, décès, départs à la retraite, concours de monogrammes.

Dans la partie technique des premiers numéros, l’accent est mis sur la reconstruction des ouvrages d’art détruits pendant le dernier conflit. Au lendemain de la Libération, le rétablissement des voies de communication est essentiel. Dans le département, on compte 2 838 mètres de longueur de brèches soit 50 ponts plus ou moins gravement endommagés. En avril 1947, l’ingénieur en chef est fier « des 35 ponts définitivement reconstruits dont presque tous les ponts sur le Rhône et de son service qui peut se féliciter de n’avoir ménagé ni son temps ni sa peine […] et d’avoir pu prendre une avance que beaucoup d’autres départements lui envient. »

Dès le numéro un, l’ingénieur en chef annonce que sera publiée dans chaque numéro une courte notice « sur les principaux ouvrages reconstruits et sur les méthodes employées. » Selon les auteurs, les articles sont plus ou moins techniques : pour la reconstruction du pont sur l’Ardèche à Saint-Just, ce sont quelques informations sur les principales caractéristiques de l’ouvrage, l’entreprise retenue et l’avancée du chantier dans ses grandes lignes, tandis que pour la reconstruction du pont suspendu du Pouzin l’auteur précise jusqu’à la composition du béton de ciment artificiel vibré et sa mise en œuvre.

 Route de la Chavade, vue aérienne, Astet, 1962. Collection Cellard, 28 Fi 3652.

 

La fin de la construction d’un ouvrage est souvent marquée par une inauguration officielle dont le périodique retranscrit les discours ainsi que le déroulé. La cérémonie d’inauguration du pont sur l’Ardèche à Saint-Just le 2 mars 1947 est marquée par la venue de Paul Ramadier, président du Conseil, à qui l’ingénieur en chef « remit une plaquette retraçant l’activité du chantier au cours des travaux. » Discours inauguraux et articles divers sont l’occasion d’informer les agents sur les chantiers en cours ou terminés, les nouvelles techniques expérimentées, de manière à constituer une documentation technique utile à chacun.

Ce bulletin interne est aussi un moyen privilégié de communication au sein du service. A ce titre, l’ingénieur en chef le conçoit comme un « organe d’information et même d’éducation. » Dans ses éditoriaux, s’il n’hésite pas à louer la qualité du travail entrepris et le mérite des agents, il s’attache surtout à rappeler à chacun « ses devoirs de fonctionnaire au service du renom de la route française dans le monde ». Exaltation du travail bien fait, fierté professionnelle et sens du devoir se retrouvent dans son discours d’inauguration de la statue de Marc Seguin le 7 septembre 1947 à Tournon, véritable manifeste pour une alliance du progrès technique et de « l’élégance de la ligne architecturale, comparant la hardiesse des ponts suspendus à celle des cathédrales médiévales. »

 

 Route des Gorges, Vallon-Pont-d'Arc, 1959. Collection Cellard, 28 Fi 2943.